Politique

[EDITO DU JOUR] Les contours d’un new deal politicien

Il est sans conteste le messie de Grand-Yoff. Le « Khalifa » incontesté de la capitale sénégalaise eu égard aux résultats engrangés aux élections locales de 2009 puis de 2014. Crucifié sur l’autel de la « bonne gouvernance », déclaré « invalide de guerre » par la majorité présidentielle : le « Christ » de Grand-Yoff revient de loin : enfoncé par le pouvoir dans un tombeau à Rebeuss, ressuscité au 30e mois de sa détention, à la faveur de retrouvailles politiques sous fond de deal.
Dealer un jour, dealer toujours. Hier avec Idrissa Seck, aujourd’hui avec Macky Sall, Abdoulaye Wade est toujours au centre des deals politiques et cela passionne les Sénégalais. Il a fini de démontrer qu’il peut être le maître du jeu politique. Qu’il peut décider, à tout moment, de changer le cours des évènements, à son avantage bien sûr. Mais ce n’est pas sans mentionner la posture adoptée par le Khalife de Touba dont la parole aurait eu un écho favorable au sein de la classe politique, auprès de Macky Sall et d’Abdoulaye Wade notamment très doués pour la mise en scène.
Mais le président Macky Sall, lui, n’est pas un acteur à négliger. Il ne pose jamais d’acte gratuit et il n’en a pas posé en apposant sa signature au bas du décret de grâce qui élargit de prison l’ancien maire de Dakar. Elargissement né des coulisses de l’inauguration de la mosquée Massalikoul Jinaan, point de réconciliation entre un chef de l’Etat en exercice et son prédécesseur qui ne se parlaient plus, qui se livraient à une guerre totale depuis plusieurs années. La baraka de Touba a plané sur Dakar. Et les lumières de Massalik se sont projetées sur Rebeuss la briseuse d’élan et de carrière, au point de décrisper une atmosphère morose née d’emprisonnements d’opposants sous fond de règlements de comptes politiques.
Ce dimanche 29 septembre, en tournant le dos à la maison d’arrêt en direction d’une obscure clarté, Khalifa Sall remporte une première bataille : celle de l’opinion qui lui reste favorable pour une bonne partie malgré les faits à lui reprochés, et dont certains sont bien établis. Macky Sall, lui en revanche, venait de franchir le rubicond de l’humiliation d’une personnalité politique aux ambitions nationales lorsqu’il bénit l’arrestation et l’emprisonnement d’un maire élu député en prison. Le comble, lorsqu’il décide lui-même de révoquer et de déchoir de ses fonctions de maire de Dakar et de son mandat de député à l’Assemblée nationale, un « détenu politique » devenu top encombrant, qui fait de l’ombre au pouvoir même dans les liens de la prévention.
Pour Khalifa, la préservation de ses droits civiques et civils reste donc l’autre manche à remporter devant un Macky Sall non partant en 2024 officiellement, mais qui voudra maintenir son parti au pouvoir, s’il n’est tenté par la « malédiction » du troisième mandat. La résurrection du « Christ » de Grand-Yoff devra nécessairement entraîner une redistribution des cartes, même si Khalifa ne détient pas toutes les cartes en main pour décider seul de son avenir politique, compromis entre les lignes d’un code électoral modifié. Libre de mouvement, mais toujours en sursis, il lui faudra sans doute, nécessairement, négocier avec son bourreau d’hier, un certain Macky Sall, pour pouvoir recouvrer l’entièreté de ses droits. Il devrait en être de même pour Karim Wade dont le sort, négocié par le père, semble déjà scellé.
Mais, puisque l’heure est aux négociations, aux manoeuvres, Macky, Wade, Karim et Khalifa peuvent tous se retrouver, demain, autour d’une table. Ont été déjà posés, les contours d’un « new deal » politicien qui éclate au nez de la justice sénégalaise devenue le maillon faible d’un système politique mal en point, qui observe et constate en toute impuissance qu’elle reste et demeure assujettie, par tous les temps, aux humeurs et caprices des hommes politiques.

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