Politique

Limogeage de Sory Kaba: ‘’Le troisième mandat’’ fait une victime

Le limogeage de Sory Kaba par décret présidentiel, hier, fait suite à ses propos tenus au niveau de l’émission ‘’Grand Jury’’ de la RFM où il parlait, entre autres sujets, du fait du troisième mandat.

Il a notamment soutenu que Macky entamait son dernier mandat à la tête du pays, ce qui a soulevé l’ire de ses frères de parti. Yakham Mbaye notamment, DG du Soleil, s’est épanché chez nos confrères de Dakaractu pour dénoncer une ‘’indiscipline’’. Beaucoup d’apéristes ont d’ailleurs réclamé des sanctions.

Car, il semblerait que le désormais ex-Directeur des Sénégalais de l’extérieur aurait violé un pacte de conduite en matière de communication, celui-là tracée par le Président de la République et auquel personne ne doit déroger.

Et le couperet est tombé sur sa tête. Il perd son poste.

On peut cependant se demander s’il a perdu son poste parce qu’il a violé une ligne de conduite ou parce qu’il a touché un sujet sensible ?

Il nous semble évident, pour répondre à cette question, que c’est la nature du sujet abordé qui a dérangé jusqu’en haut lieu. La perspective du troisième mandat, ce mal nouveau des Etats africains, lequel embrase actuellement la Guinée, fait des émules au Sénégal.

Car, Moustapha Cissé Lô, pour ne citer que celui-là, a aussi défié l’autorité et violé le pacte en déclarant que la Crei doit être dissoute et toutes les personnes emprisonnées, de ce fait, libérées.

La réalité est que la simple perspective de perdre des postes de responsabilité, de retourner dans le train-train quotidien du Sénégalais lambda, fait trembler de peur nombre de proches du Président qui se disent que 2024, c’est très proche.

Avec la main-tendue à Wade et à d’autres opposants dont Idrissa Seck, Macky croit pouvoir rassembler assez de Sénégalais pour réaliser ses objectifs, parmi lesquels l’hypothèse du troisième mandat figure en bonne place.

Dans les scénarii actuellement à l’étude au Palais, il semble bien que la possibilité de se représenter de la part de Macky ne soit pas exclue. Surtout s’il écoute certains de ses proches pour lesquels le pouvoir doit être éternel.

Dans cette dynamique, la sortie de Sory Kaba a été analysée comme un acte de ‘’défiance’’ par nombre de cadres apéristes. Kaba a anticipé le débat et y a mis fin.

Pourtant, il a dégagé une position qui, en réalité, n’est pas nouvelle. Le Président Sall lui-même l’avait défendue en 2017 et bien d’autres hauts cadres l’ont fait après lui. Certains ne se sont jamais gênés de dire que le troisième mandat n’est pas dans les plans de Macky.

Kaba a enfoncé alors une porte ouverte.

Et qu’est-ce qui a changé entre temps ? Eh bien, en plus des retrouvailles avec le Pds, c’est l’absence de dauphins visibles, la guerre de succession déjà ouverte à l’Apr et les appréhensions du Président par rapport à certains instruments judiciaires, comme la Crei, qui pourraient être utilisés contre ses proches.

Il semblerait qu’en haut lieu, la réflexion soit en cours et que la position de Macky sur la question n’est pas vraiment tranchée. Si Wade l’a osé, il peut, lui aussi, le faire. A ses risques et périls, cependant.

Car, nous l’avons défendu maintes fois dans cette rubrique. L’esprit du texte constitutionnel est contraire à toute velléité de troisième mandat. Et celui qui initie la réforme des deux mandats ne saurait en réclamer trois, ce serait illogique. Quelles que soient par ailleurs les interprétations possibles de la règle de droit.

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