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Pourquoi Cheikh Oumar Foutiyou Tall (RTA) et son Maître Cheikh Abou Abbas Ahmed Tijani (QLS), ne peuvent pas avoir de photos authentiques selon l’histoire officielle de la photographie ?

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Différentes photos parfois controversées, ont longtemps été attribuées à ces deux grandes figures de l’Islam. Jusqu’à nos jours, certains associent encore les photos de Guru Nanak(mystique indien et fondateur du Sikhisme) à Cheikh Ahmed Tijani (QLS) ou encore celle de son petit-fils Sidi Ammar plus répandue. Récemment, une nouvelle photo de Cheikh Oumar Foutiyou Tall (RTA) vient de faire son apparition. Il nous a été annoncé pour la première fois en public, que ses deux photos les plus connues n’étaient pas lui en réalité; pour l’une il s’agissait d’un de ses adeptes (Samba Ndiaye), et l’autre un de ses fils (Ahmadou Laamido Dioulbé).

Il serait peut être grand temps d’effectuer une étude approfondie et rigoureuse du sujet. L’objectif de cet article est d’essayer de répondre à cette question, en effectuant une étude comparative entre l’évolution de l’histoire de la photographie et celle de la vie de Cheikh Oumar (RTA). Il s’articulera en deux parties; la première se focalisera sur les débuts de la photographie en France, et la deuxième sur l’arrivée de la technologie dans le continent africain. Etant conscient que le sujet peut être sensible pour certaines personnes, nous pensons humblement que le meilleur moyen de leur témoigner du respect, est de fournir toutes les sources sur lesquelles nous nous sommes appuyées pour étayer nos arguments. Vous retrouverez à la fin de ce document, un lien vers une vidéo sur les premières photos de l’histoire, ainsi que ceux des sources utilisées pour la rédaction de ce présent article.

Nous opterons ici comme modèle d’approche, le raisonnement par l’absurde. Mais avant de commencer, il serait essentiel d’asseoir quelques éléments de base :

– La date de naissance de Cheikh Oumar (RTA) est estimée entre 1794 et 1797Thierno Mountaga Tall nous a précisé qu’il est né le 21 Mars 1794 à Halwar, un vendredi premier jour du mois de ramadan; et sa date de disparition le 28 février 1864.

– Cheikh Oumar (RTA) était âgé de 21 ans lorsque Cheikh Ahmed Tijani (QLS) a quitté ce monde en 1815; donc montrer qu’il ne peut pas avoir de photo selon l’histoire officielle, revient à procéder de même pour son Maître.

Le premier procédé photographique nommé Point de vue du Gras, a été inventé par Nicéphore Niépce en 1827. L’image a été obtenue avec du bitume de Judée étendu sur une plaque d’argent, après un temps de pose de plusieurs jours. C’est plus tard en 1829 qu’il associa à ses recherches Louis Jacques Mandé Daguerre, et ils améliorèrent leur procédé en 1832 à partir du résidu de la distillation de l’essence de lavande. Ce qui réduisit le temps de pose en une journée. Daguerre continuera seul les travaux après la mort de Niépce. Il ne serait point pertinent de tirer de conclusions à ce stade concernant le Cheikh, car il est clair qu’une photo nécessitant une journée de pose n’est destinée qu’aux objets inanimés.

En 1838, Daguerre crée le daguerréotype, le premier procédé comportant une étape de développement. Une plaque généralement en cuivre recouverte d’une fine couche d’iodure d’argent était exposée dans la chambre obscure puis soumise à des vapeurs de mercure qui provoquaient l’apparition de l’image latente invisible formée au cours de l’exposition à la lumière. C’est un procédé uniquement positif sans phase de développement.

En 1839Robert Cornelius réussit à l’aide de cette technique, le premier autoportrait de l’histoire en se tenant immobile pendant 10 à 15 minutes. Celui-ci est souvent considéré comme le premier portrait et le premier autoportrait photographique. Il a réussi à réduire le temps de pose grâce à ses connaissances en chimie. 

En supposant que Cheikh Oumar (RTA) a pu tout de suite bénéficier du daguerréotype, nous pouvons constater les premières incohérences suivantes :

– La photo serait imprimée sur une plaque en métal (souvent en cuivre), et non sur un autre support comme celles qui nous ont été présentées jusqu’à maintenant.

– En 1839, il est âgé de 45 ans. Donc il ne peut scientifiquement et historiquement pas avoir de photo avant cet âge. Ce qui nous pousse à complètement remettre en question la photo sortie en 2020 où l’on peut facilement distinguer un visage très jeune.

– Entre 1838 et 1840, Cheikh Oumar (RTA) était pris dans de longues pérégrinations : entre le retour de son long voyage pendant lequel il visita les lieux saints de l’Islam, son épreuve d’emprisonnement par le roi de Ségou pendant trois mois, son halte dans le royaume de Mandé à Kankanba, et son départ du Soudan en passant par Kankan. L’usage du daguerréotype était très limité en Afrique à partir de 1840, et nous y reviendrons plus tard en abordant l’arrivée de la photographie dans le continent. Comment le Cheikh pourrait avoir une photo à cet époque, sachant qu’il n’a jamais été en Europe selon son histoire officielle ?

– Avec son combat et sa détermination pour l’extension de l’Islam, il serait impensable de le voir parmi les riches de l’époque, utiliser des mécanismes de maintien du corps et de la tête, afin d’ajuster sa posture et de s’assurer de son immobilité pour des temps de pose pouvant dépasser 30 minutes.

Nous pensons avoir suffisamment montré que le Saint Homme ne pouvait pas disposer de photo jusqu’à l’âge de 45 ans.

Toujours en 1839William Henry Fox Talbot continue les recherches sur l’invention du daguerréotype. En 1841, il breveta le calotype, premier procédé négatif/positif qui permettait la multiplication d’une même image grâce à l’obtention d’un négatif intermédiaire sur un papier au chlorure d’argent rendu translucide avec de la cire.

Comme pour le daguerréotype, l’image latente était ensuite révélée au moyen d’un produit chimique, le révélateur : une solution d’acide gallique et de nitrate d’argent. Une seconde feuille de papier recouverte aussi de chlorure d’argent était ensuite exposée au travers du négatif translucide, pour donner le positif final sur papier. C’est la base de la photographie argentique moderne.

En 1851Frederick Scott Archer améliore le calotype en mettant en place le procédé du collodion humide qui remplace le chlorure d’argent. Ici le négatif est une plaque en verre et non du papier au chlorure d’argent comme décrit précédemment. Il permet une prise de vue beaucoup plus rapide, et les images noir et blanc obtenues par ce procédé atteignirent une qualité encore jamais obtenue. Nous reviendrons plus tard sur l’inconvénient de l’utilisation de cette découverte.

A l’époque, les photographes jonglaient entre plusieurs procédés : le daguerréotype, le calotype, et les plaques de verre albuminées.

A ce stade de notre raisonnement, nous pouvons constater qu’il reste un intervalle de 25 ans dans lequel Cheikh Oumar (RTA) pourrait disposer d’une photo. C’est maintenant là où il devient intéressant d’interroger l’histoire de la photographie en Afrique.

Dans cette partie nous nous appuierons principalement sur l’article, An Outline History of Photography in Africa (Vol. 16 (1989), pp. 197-208), publié par Cambridge University Press. Les auteurs sont David Killingray et Andrew Roberts.

David Killingray est un professeur d’histoire moderne et titulaire d’une thèse en Etudes orientales et aficaines en 1982 avec l’Université de Londres. Andrew Roberts est un historien et journaliste de guerre britannique. Il a étudié au Gonville et Caius College de Cambridge, où il a été chercheur principal et doctorant honoraire.

Nous ferons également appel aux travaux d’Amadou Bal Ba, écrivain et juriste de formation à Paris, qui a effectué un travail remarquable sur l’histoire de Cheikh Oumar (RTA).

Dès le début du premier chapitre de leur publication, les deux historiens britanniques commencent par nous rappeler les avancées techniques majeures de la photographie durant les années 50 comme suit. Le daguerréotype créé en 1839 permettait d’obtenir une seule image sur une plaque en métal généralement en cuivre. 

Le Calotype mis en place deux ans après, permettait d’obtenir plusieurs images positives sur du papier à partir d’un négatif; mais comme le daguerréotype (avec les améliorations d’Hippolyte Fizeau), l’exposition pouvait aller d’une à 3 minutes.

Le procédé du collodion humide inventé en 1851, réduisit le temps de pose à 10 secondes ou moins, et les plaques de verres utilisées comme négatif, pouvaient donner un grand nombre d’images imprimées sur du papier albuminé; mais chaque plaque devait être laborieusement préparée sur place juste avant la prise de vue. 

Il n’y a pas eu d’avancée majeure jusqu’à l’invention en 1871 de la méthode des plaques sèches, qui utilise une émulsion de gélatine réduisant le temps de pose de une à deux secondes. Le grand avantage de ce procédé est que les plaques pouvaient être préparées à l’avance et stockées en cas de besoin. D’autres améliorations comme les réductions du temps d’exposition, ou les appareils portatifs, n’ont été introduites qu’à la fin des années 70.

Dans le deuxième chapitre, l’arrivée de la photographie dans le continent africain nous est présentée de la manière suivante. De façon appropriée, l’histoire de la photographie en Afrique commence dans les monuments d’Egypte. Entre 1844 et 1864, au moins 10 photographes européens ont publié des albums illustrant les monuments de l’Egypte Antique. 

Les studios commerciaux ont été établis vers la fin des années 60, et il y en avait au moins dix en Egypte vers 1880La lenteur et la lourdeur des procédures ont obligé les photographes à restreindre inévitablement l’utilisation en dehors du studio. 

Jusqu’aux années 70, la photographie a été rarement tentée en Afrique, bien au-delà des centres de base des européens. Le premier explorateur à utiliser un appareil à plaques sèches en Afrique tropicale, est probablement Henry Morton Stanley lors de son expédition dans le continent en 1875-76. Les photos prises lors de cette expédition ont aidé à préparer au moins dix des illustrations de son livre Through the Dark Continent (Disponible sur Amazon.com).

En supposant qu’une photo de Cheikh Oumar (RTA) peut exister entre 1839 et 1864, ces éléments précédemment évoqués vont nous permettre de soulever d’autres incohérences :

– Vu que le daguerréotype était souvent réservé aux paysages et aux riches européens ayant les moyens de s’offrir d’onéreuses plaques de métal, nous ne voyons pas comment le Cheikh pouvait s’y intéresser étant donné qu’il avait d’autres priorités durant cette période de l’histoire. 

Entre 1839 et 1846, le Cheikh se déplaçait fréquemment après son retour  du voyage à la Mecque. C’est durant ce séjour qu’il rencontra le  Cheikh Muhammad Al Ghali, disciple de Cheikh Ahmed Tijani (QLS), qui va exercer sur lui une influence déterminante : « Il donna à Cheikh Omar une autorisation sainte, c’est-à-dire complète. Il le fit Moqadem et même Khalifa pour les pays noirs Son «mentor» lui décernera le titre de khalife des Tidianes. Il lui enseigna en même temps un Istikhâra (divination) qui ne deviendra pas obscur, c’est-à-dire qui devrait lui dicter clairement ses décisions » écrit Mouhamadou Aliou THIAM

Lors de l’étape en Guinée, au Fouta-Djalon, Cheikh Omar (RTA) s’installe d’abord à Fodéagui, puis à Diégounko, près de Timbo, avec l’aide de l’Almamy Bocar, et y fonde une école religieuse (Zaouia). Mais El Hadji Omar (RTA), surveillé par l’aristocratie de Timbo et de Labé, n’y acquiert qu’une renommée fort modeste. Entre 1844 et 1845, il rédige son fameux livre Ar Rimah, « Les Lances », qui devint plus tard un livre essentiel de la voie Tijaniya.

– Le procédé photographique du collodion humide inventé en 1851, nécessitait d’avoir un laboratoire ambulant, car il fallait effectuer la prise de vue tant que la plaque de verre restait humide, ensuite développer la photo sur place, d’où la lourdeur des procédures évoquées dans l’article History of Photography in Africa. Même si les photos auraient pu être tentées en Afrique avant les années 70, nous ne voyons pas comment les photographes auraient pu s’installer sur place face à la puissance de l’empire musulman qu’avait fondé Cheikh Oumar (RTA).

– Il n’a jamais perdu de bataille contre les colons jusqu’à sa disparition. On retrouve dans la publication d’Ahmadou Baal Ba ceci : « En 1856Louis FAIDHERBE (1818-1889) confia une mission à Eugène-Abdon MAGE (1837-1869) et au docteur QUINTIN, en vue de l’expansion de la France vers l’Est, jusqu’au Niger en passant par le Mali dominé par l’empire fondé par El Hadji Omar (RTA) : «Votre mission consiste à explorer la ligne qui joint nos établissements du Haut-Sénégal avec le Haut-Niger et spécialement avec Bamako, qui paraît le point le plus rapproché, en aval duquel le Niger ne présente plus d’obstacles à la navigation» écrit Faidherbe. MAGE se rendit le 12 octobre 1863 à Ségou, après un long voyage, il n’arrivera à destination que le 28 février 1864, El Hadji Omar était déjà mort. MAGE a recueilli la tradition orale sur la vie d’El Hadj Omar ».

Donc nous ne voyons pas à quel moment les colons auraient pu l’approcher pour le prendre en photo.

– Comment le Cheikh disparu en 1864 pourrait avoir une photo, sachant que les vrais améliorations en photographie ont commencé vers la fin des années 70; et que le premier explorateur (Henry Morton Stanley) avec un appareil à plaques sèches partit en expédition en 1875 ?

– Le Général Louis Faidherbe (Administrateur colonial français au Sénégal) et Eugène-Abdon MAGE (Officier de Marine et explorateur français), sont deux colons contemporains ayant comme redoutable ennemi Cheikh Oumar (RTA) qui freinait leur processus d’expansion coloniale. Sachant qu’ils n’ont pas de photos authentiques à part des illustrations graphiques, comment leur ennemi pourrait-il en avoir ?

Nous pensons avoir amené assez d’éléments pour montrer que selon l’histoire officielle, il est impossible qu’une photo authentique de Cheikh Oumar Foutiyou Tall (RTA) puisse exister. Il en va de même que pour son maître Cheikh AboulAbbas Ahmed Tijani (QLS). En guise de conclusion, nous retiendrons que posséder la photo de Grands Saints de l’Islam qu’on admire, peut fortement contribuer à la vivification de notre admiration ou de notre amour envers eux. Mais nous pensons humblement, qu’il est d’autant plus important d’essayer de s’imprégner de leurs caractères et comportements, pour mieux exploiter et transmettre les connaissances qu’ils nous ont léguées. Les dignes héritiers de la gnose ont unifiés les mondes et continuent d’interagir avec ceux que l’on appelle sans conscience les morts.

« Pratiquez ce que vous savez, car la connaissance sans la pratique est comme un corps sans vie. »

Imam Abu Hanifa

Ce travail n’a pas pu être réalisé sans l’aide d’un érudit effacé, humble, un chercheur chevronné que je ne saurai taire par honnéteté intellectuelle. Puisse Allah faire de ce travail une hadiya à notre lien et porte en la sainte présence Mawlana Seydi Ahmad At-Tijâani (qadassalahou sirrahou) à l’occasion de ce 17 Chawwal qui commémore sa disparition physique et qu’il l’agrée par la grâce du prophète de tous les univers connus et inconnus.

Cheikh Oumar DIAGNE

Enseignant-chercheur & écrivain

Directeur du CRESFA

Sources:

Histoire de la photographie :

https://photo-museum.org/fr/histoire-photographie/

http://www.didio.biz/histoire/1851.html

http://www.info-histoire.com/15658/premieres-photos-histoire/

https://www.jstor.org/stable/3171784

https://fr.wikipedia.org/wiki/Robert_Cornelius

https://fr.wikipedia.org/wiki/Daguerr%C3%A9otype

https://www.youtube.com/watch?v=mDqXAjfnjlc

Histoire de Cheikh Oumar Foutiyou Tall (RTA) : 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Oumar_Tall

https://blogs.mediapart.fr/amadouba19gmailcom/blog/290319/el-hadji-oumar-tall-geant-de-l-histoire-par-m-amadou-bal-ba

Catégories :actualité, Culture

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