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Présidentielle en Tunisie : des dizaines de prétendants pour un seul fauteuil

Prolongée jusqu’au 15 juin, la campagne destinée à convaincre les citoyens de s’enregistrer pour voter aux scrutins législatif et présidentiel se heurte à de fortes résistances, notamment parmi les plus défavorisés, exaspérés par la vie chère et déçus par les élites politiques. Reportage.

«Je suis dealer, je ne vais pas m’inscrire sur vos listes… mais si vous voulez dealer avec moi, OK », sourit Khalil, scooter à l’arrêt, sous un ciel de fils électriques. La provocation s’adresse à une poignée de jeunes, comme lui. Mais, en lieu et place de tatouages, ces employés de l’Instance supérieure indépendante pour les élections (Isie) portent des casquettes rouges et des dossards à l’effigie de leur instance chargée d’organiser les élections.

Ils essaient de convaincre leurs concitoyens de s’enregistrer pour voter aux législatives d’octobre et à la présidentielle de novembre. À Mellassine, l’un des quartiers les plus pauvres de Tunis, la démarche paraît décalée. Au milieu des rues défraîchies, le jeune homme de 29 ans le leur rappelle en débitant des pans de vie : drogue et séjours en prison. Pour nombre d’habitants, la galère est une seconde peau, le système D, un allié.

Loin des scrutins bénalistes

« Je vais voter pour Zine el-Abidine Ben Ali ! » lâche Khalil, avant que son éclat de rire ne se perde dans le crachotement du démarreur. La réplique absurde vaut refus définitif. Dans une rue bordée de maisons régulièrement couronnées d’un enchevêtrement de briques et d’acier, un vieillard appuyé sur sa canne murmure très sérieusement : « Inch Allah, Zine reviendra. »

En Tunisie, les scrutins bénalistes ne sont pourtant plus qu’un lointain souvenir. Le taux de participation officiel de plus de 89 % à la présidentielle de 2009 fait aujourd’hui sourire. À l’époque, cette « mobilisation » avait permis de légitimer la reconduction de l’ex-chef de l’État avec un score tout aussi outrancier : plus de 89 % des voix. Symétrie parfaite pour un cinquième – et dernier – mandat interrompu par la révolution.

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